Risque routier professionnel : un enjeu encore sous-estimé dans les PME
- jeremy conus
- 23 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 14 janv.
À retenir en 30 secondes (si vous êtes pressés)
2 personnes décèdent chaque jour travaillé sur la route lors d’un déplacement lié au travail
95 % des conducteurs ont peur du comportement… des autres
Les comportements à risque sont largement partagés, souvent inconscients
La prévention et la formation agissent sur les automatismes, pas seulement sur les règles
Dans de nombreuses PME, la sécurité routière reste perçue comme un sujet secondaire, réservé aux entreprises de transport ou disposant d’une flotte de véhicules importante. Pourtant, le risque routier concerne la quasi-totalité des entreprises, dès lors que des salariés se déplacent pour le travail ou se rendent quotidiennement sur leur lieu d’activité.
Les données récentes montrent que les déplacements liés au travail constituent un facteur majeur de mortalité routière, encore trop peu intégré dans les démarches de prévention et dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).
Pourquoi la sécurité routière concerne toutes les entreprises
Même sans véhicule de service identifié, une entreprise est exposée dès lors que :
Des salariés se déplacent chez des clients ou fournisseurs,
Des interventions techniques sont réalisées hors site,
Des déplacements inter-sites sont organisés,
Les trajets domicile-travail sont contraints par le temps.
Le risque routier n’est donc pas un sujet périphérique, mais un risque professionnel transversal, au même titre que les chutes, les manutentions ou les risques psychosociaux. Pour un dirigeant de PME, il s’agit avant tout d’un sujet d’organisation du travail.
Accident de trajet et accident de mission : de quoi parle-t-on ?
Accident de mission : accident survenu lors d’un déplacement nécessaire à l’exécution du travail (chantier, rendez-vous client, intervention).
Accident de trajet : accident survenu entre le domicile et le lieu de travail (ou le lieu habituel de restauration).
Dans les deux cas, ces accidents sont reconnus comme des accidents du travail et doivent être intégrés à la politique de prévention de l’entreprise, notamment dans l’évaluation des risques.
Chiffres clés du risque routier lié au travail
Selon l’ONISR – Observatoire national interministériel de la sécurité routière, les déplacements liés au travail représentent une part significative de la mortalité routière.
Données 2023 – France métropolitaine
296 personnes ont été tuées lors d’un trajet domicile-travail
144 personnes ont été tuées lors d’un déplacement professionnel (mission)
Total : 440 décès routiers liés au travail en 2023
Rapporté à l’activité professionnelle :440 décès ÷ 220 jours travaillés = 2 décès par jour travaillé
Ces chiffres incluent l’ensemble des victimes liées à un déplacement pour motif professionnel ou domicile-travail, tous statuts confondus.
Ce que confirment les données CARSAT (branche AT/MP)
Les données issues de la branche Accidents du travail / Maladies professionnelles (AT/MP), pilotée par les CARSAT, apportent un éclairage complémentaire :
Les accidents routiers représentent 12 à 14 % des accidents du travail mortels,
Le risque routier constitue la première cause de décès liée au travail en France,
Les secteurs les plus exposés sont notamment :
le BTP,
le transport et la logistique,
les services techniques,
le commerce avec déplacements fréquents.
Ces constats montrent que le risque routier est étroitement lié à l’organisation du travail, y compris dans des PME sans flotte dédiée.
Le paradoxe du conducteur : dangereux pour les autres, jamais pour soi
Les données issues de la Fondation VINCI Autoroutes mettent en évidence un paradoxe frappant entre les comportements réels et la perception que les conducteurs ont de leur propre conduite.
Selon le Baromètre de la conduite responsable 2024 :
95 % des usagers de la route déclarent avoir déjà eu peur du comportement des autres conducteurs
Pourtant :
74 % utilisent leur smartphone au volant,
55 % téléphonent en Bluetooth, et 67 % estiment que ce n’est pas dangereux,
15 % des actifs participent à des appels ou réunions professionnelles en conduisant,
29 % ont déjà ressenti une somnolence au volant,
13 % ont déjà frôlé un accident lié à la fatigue.
Le danger est majoritairement perçu comme venant des autres, alors que les comportements à risque sont largement partagés, y compris dans un cadre professionnel.
Ce que disent les neurosciences : pourquoi ce décalage existe
Ce décalage n’est pas une question de mauvaise volonté. Il repose sur des mécanismes cognitifs bien documentés.
Biais d’optimisme : nous avons tendance à penser que les accidents arrivent surtout aux autres, et que nous maîtrisons la situation.
Illusion de contrôle : sur des trajets routiniers, le cerveau fonctionne en pilotage automatique, avec une vigilance diminuée et des temps de réaction allongés.
Surcharge cognitive : téléphone, GPS, pression temporelle, appels professionnels… le cerveau ne sait pas réellement gérer plusieurs tâches complexes en parallèle. Il bascule en multitâche dégradé, souvent sans que le conducteur en ait conscience.
Ces mécanismes expliquent pourquoi l’information seule ne suffit pas à faire évoluer les comportements.
Pourquoi former des salariés déjà « bons conducteurs » ?
Parce que :
Connaître les règles ne garantit pas leur application,
Savoir qu’un comportement est dangereux ne suffit pas à le modifier,
Les automatismes prennent le dessus, surtout en contexte professionnel.
La formation agit là où l’information seule échoue : sur les comportements réels, les habitudes et la prise de conscience individuelle.
Formation au risque routier : agir sur les comportements
La formation au risque routier ne se limite pas au rappel du Code de la route.Elle permet notamment de :
Rendre visibles les automatismes inconscients,
Comprendre les biais cognitifs à l’œuvre,
Analyser des situations professionnelles concrètes,
Questionner les habitudes sans culpabilisation.
Dans les PME, ces formations sont d’autant plus efficaces qu’elles sont ciblées, pragmatiques et directement reliées aux situations de travail réelles : déplacements professionnels, pression temporelle, appels professionnels, fatigue.
Le risque routier dans le DUERP : un point encore trop souvent incomplet
Dans de nombreuses entreprises, le risque routier est traité de manière générique, peu détaillé, voire absent du DUERP.
Dès qu’un salarié se déplace pour le travail, ce risque doit pourtant être :
Identifié,
Évalué,
Hiérarchisé,
Intégré à un plan d’actions cohérent.
Dans la pratique, un accompagnement ciblé permet de transformer un risque souvent traité “par défaut” en un volet clair, structuré et réellement exploitable du DUERP, en lien avec les déplacements réels et l’organisation du travail.
Conclusion : un risque professionnel à ne plus traiter à la marge
Les données de l’ONISR, des CARSAT et de la Fondation VINCI Autoroutes convergent :le risque routier reste un enjeu majeur de santé et sécurité au travail, encore sous-estimé dans les PME.
Mettre à jour son DUERP, structurer la prévention et former les équipes permet d’agir avant l’accident, de manière pragmatique et adaptée aux réalités du terrain. Lorsqu’ils sont accompagnés, ces travaux deviennent plus simples, plus cohérents et surtout utiles au quotidien, pour le dirigeant comme pour les salariés.
Comment passer à l’action concrètement ?
Pour de nombreuses PME, le risque routier est identifié… mais difficile à traduire en actions opérationnelles.
Concrètement, une démarche efficace peut consister à :
Vérifier si le risque routier est réellement et correctement traité dans le DUERP,
Identifier les situations de déplacement à risque propres à l’entreprise,
Structurer un plan de prévention pragmatique,
Sensibiliser ou former les salariés sur le risque routier, la fatigue, l’usage du téléphone et les addictions,
Faire le lien entre organisation du travail, comportements et sécurité.
Ces sujets peuvent être travaillés de manière ciblée et proportionnée, en tenant compte de la taille de l’entreprise et de ses contraintes.
Sources
ONISR – Observatoire national interministériel de la sécurité routièreBilan de l’accidentalité routière 2023 – données consolidées
Fondation VINCI Autoroutes pour une conduite responsableBaromètre de la conduite responsable – édition 2024
CARSAT / Assurance Maladie – Risques professionnels (branche AT/MP)
*INRS – ED 6329 – Le risque routier en mission
Article mis à jour en décembre 2025.



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